La teinture végétale, qu’est ce que c’est ?

La teinture végétale utilise les plantes comme source de couleurs et se fait par immersion de la fibre dans un bain de teinture après extraction de pigments de végétaux. Des végétaux aux propriétés tinctoriales, car toutes les plantes n’ont pas le pouvoir de teindre. Il faut donc choisir la bonne variété de plante pour obtenir une teinture naturelle durable, résistante au lavage et à la lumière, dite « grand teint », reconnues comme telles dans l’encyclopédie de Diderot. On en compte environ une douzaine, s’ajoutant à cela les plantes dit « petit teint » avec une plus faible résistance au lavage et à la lumière, mais apte à teindre le textile.

Différentes parties de la plante peuvent être utilisées : fleurs, racines, tiges, écorce, baies … et son dosage, ainsi que de nombreux paramètres comme la qualité et le PH de l’eau, la qualité et le lieu de pousse de la plante, peuvent modifier la nuance d’un bain de teinture. Les plantes tinctoriales peuvent être aussi bien des végétaux glanés en forêt ou en bord de champ (pomme de pin, écorce d’arbre…), des déchets alimentaires organiques (peau d’avocat ou peau d’oignon…) ou des fleurs en fin de vie (œillet d’inde, cosmos …). Avec un seul type de plante, on peut obtenir diverses nuances selon les variétés mais aussi en superposant les plantes entre elles, on peut alors créer une palette de couleurs uniques et vibrantes. Élaborer des recettes de teinture végétale prend donc du temps et demande beaucoup d’expérimentation et de recherches. Ce n’est pas une science exacte et c’est d’ailleurs ce qui fait sa beauté et l’unicité de ces teintes

Bain de teinture de peaux et noyaux d’avocats, déchets alimentaires organiques. © Roseau Studio

La teinture végétale ne date pas d’hier, on retrouve des traces qui remontent à l’Egypte ancienne. Ce savoir-faire ancestral est tombé en désuétude avec l’émergence des teintures synthétiques à la fin du 19ème siècle, qui a permis un rendement plus rapide et moins coûteux, mais il revient sur le devant de la scène ces dernières années. Ce procédé de teinture reste peu utilisé dans l’industrie textile actuelle car c’est un processus long, de la culture de la plante à la mise en œuvre du bain de teinture.

cuve de pastel et d'indigo

L’atelier de cuves de pastel et d’indigo d’Antoine Janot ressemblait sans doute à celui de Turin, ici sur une gravure de 1827. On plongeait les draps dans de grandes cuves en les isolant du fond à l’aide de grands cercles garnis de filets (ici accrochés au mur). On essorait ensuite les draps à l’aide d’un tourniquet (comme ici en arrière-plan), avant de les étendre dehors.

© Archives d’État de Turin, Materie Commercio, cat. 5, m. 27

La teinture végétale est une teinture naturelle, respectueuse de l’environnement car elle utilise des ressources renouvelables, qui sont 100% biodégradables, contrairement aux teintures synthétiques. Les bains de teintures peuvent être par la suite réutilisés plusieurs fois avant épuisement, une démarche écologique du début à la fin. A savoir que la teinture végétale se fait uniquement sur des fibres 100% naturelles (laine, soie, coton, lin, chanvre,…) et ne pourra pas « s’accrocher » sur des fibres synthétiques, la nature est donc plutôt bien faite, du naturel sur du naturel !

Une majorité de plantes tinctoriales auraient aussi des propriétés médicinales. Certaines plantes développent des molécules à l’origine des couleurs pour se protéger contre des prédateurs, attirer la pollinisation …. La spécialiste des teintures végétales, Dominique Cardon le confirme : “80% des plantes tinctoriales ont des vertus médicinales”, comme l’indigo par exemple, utilisé comme répulsif à moustiques et protection UV ou bien encore le curcuma comme anti-inflammatoire et cicatrisant. Les tissus teints naturellement seraient particulièrement adaptés aux peaux sensibles, pouvant avoir des propriétés hypoallergéniques et anti-microbiennes.

bloc de pigment d'indigo roseau studio

Bloc de pigment d’indigo. © Roseau Studio

Teinture naturelle vs. teinture synthétique

La première étape avant la teinture est le blanchiment des fibres qui se fait au chlore, un composant peu biodégradable et insoluble dans l’eau, irritant pour la peau. Vient ensuite l’étape de la teinture synthétique, conçue à partir de pétrole, dans laquelle on retrouve des métaux lourds, des colorants azoïques qui sont interdits dans certains pays, des phtalates et d’autres composants toxiques.

Aujourd’hui, la teinture textile serait responsable de 20% de la pollution des eaux, comme en Chine (80% de la teinture resterait sur le vêtement tandis que les 20% restants sont déversés dans l’eau lors du rinçage). Son impact sur l’homme est tout aussi néfaste, bourrée de substances cancérigènes, de perturbateurs endocriniens, la teinture synthétique causerait de nombreuses maladies lourdes auprès des populations vivant à proximité des usines de production, et encore pire auprès des personnes directement en contact, comme les ouvriers qui manipulent les textiles la plupart du temps à mains nues, sans protection adéquate.

rivière polluée teinture synthétique

Une rivière dans la ville de Wangli dans la province de Zhejiang à l’est chinois, connu sous le nom de “Red river” dûe au niveau élevé de teinture rouge deversée dans les eaux, 31 octobre 2011 (Photo by CFP)

Dans son « livre noir de la mode », Audrey Millet met en lumière les méfaits de l’utilisation des teintures synthétiques = « la pollution se poursuit lors de la transformation des matières premières, des opérations de teinture, de lavage et d’assouplissement, pour lesquelles sont utilisées du chrome ou du mercure, du cadmium, du plomb et du cuivre. Ces produits sont très dangereux, il est donc urgent d’en limiter l’utilisation, voir de les interdire. (cf. p.180) »

Un t-shirt en coton aura beau être labellisé bio, si celui-ci a été teint avec des teintures synthétiques, il ne sera plus bio du tout. Les mêmes colorants sont utilisés pour les vêtements bio que pour les gammes basiques premier prix. (cf. le documentaire Arte – Du poison dans vos vêtements (2010) à la 41,20 min)

Ces substances dangereuses ne disparaissent pas totalement après le lavage et imprègnent nos vêtements qui sont directement en contact avec notre peau, cela est donc tout aussi néfaste pour celui qui les porte.

C’est pourquoi, comme pour le mobilier et les colles ou solvants présents dans les meubles neufs, il est préférable de porter des vêtements de seconde main, dont toutes ces substances seront beaucoup moins présentes que dans des vêtements neufs.

C’est ce que ROSEAU vous propose avec une gamme textile vintage, de seconde main, teinte et imprimée naturellement avec de l’encre entièrement naturelle et végétale.

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Références =

° Livre – Teinture naturelles – Karin Delaunay-Delfs (liste p.11)

https://excerpts.numilog.com/books/9782212132243-extrait.pdf

° Livre – Le monde des teintures naturelles – Dominique Cardon

https://www.belin-editeur.com/le-monde-des-teintures-naturelles#anchor1

° Article sur les composants toxiques dans les vêtements

https://www.asef-asso.fr/production/les-vetements-quand-les-toxiques-se-cachent-la-synthese-de-lasef/

° Article sur la pollution des eaux

https://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/13/le-fleau-de-la-pollution-des-rivieres-chinoises_5993356_3244.html

° Livre – Le livre noir de la monde – Audrey Millet

https://editionslesperegrines.fr/fr/books/le-livre-noir-de-la-mode

° Documentaire – Du poison dans nos vêtements – Arte – 2010 – 43 min

https://www.dailymotion.com/video/xohh0p

° Infographie - La mode sans dessus dessous

https://www.qqf.fr/infographie/59/la-mode-sans-dessus-dessous

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